EXCLU : entretien avec le duo Madame Monsieur

Dans le cadre de leur concert à la Fête du Coeur de ville du Creusot (Saône-et-Loire) samedi 25 août, l’équipe de CurioCity a rencontré le duo Madame Monsieur. Entretien exclusif avec les représentants de la France à L’Eurovision 2018.

Bonjour Émilie Satt et Jean-Karl Lucas ! C’est un plaisir de vous rencontrer. Parlez-nous un peu de la genèse de votre groupe Madame Monsieur.

Voilà maintenant plusieurs années qu’on chante ensemble. On a travaillé sur pas mal de projets différents. A l’origine on écrivait beaucoup en anglais et puis on a eu envie de raconter des histoires en français. C’est de cette envie qu’est né Madame Monsieur il y a cinq ans maintenant. On a sorti en 2016 notre premier EP, invité pas mal d’artistes urbains comme Youssoupha ou Disiz. On s’est bien amusé (rires). Bien sûr, la suite vous la connaissez avec L’Eurovision.

Qu’avez-vous pensé de l’émission Destination Eurovision : ce « casting » géant organisé pour la première fois en amont du concours ?

Eh bien, écoutez, nous on a trouvé ça super ! (rires) Non plus sérieusement, comme vous l’avez dit c’était la première fois qu’un tel événement était organisé en France et on a trouvé ça génial ! C’est vrai, ça a tout changé. Vous savez, l’Eurovision pour les français jusqu’à présent, c’était lointain. Grâce à ce « concours » tout le monde s’est senti plus concerné, on l’a senti et on est très heureux que cela revienne l’année prochaine. On a vraiment eu le sentiment que cette belle histoire a été portée par les français. On s’est senti vraiment soutenu. Vous savez, les membres du jury avaient reçu pas moins de 1 800 chansons pour au final n’en garder que 18. On est très heureux d’avoir participé à cette aventure !

Et après Destination Eurovision comment on se prépare ? Ça a été rapide et intense j’imagine.

Ça a été une tornade pendant six mois. On a beaucoup voyagé. On a découvert un monde parallèle : le monde de l’Eurovision et de ses Eurofans (une communauté européenne qui influence les bookmakers). C’était une sorte de campagne en fait. On a joué Mercy dans de nombreux festivals à travers l’Europe. On s’est d’ailleurs retrouvé à faire des choses totalement improbables comme une émission en prime time sur la plus grande chaîne nationale en Ukraine ou encore jouer à Tel-Aviv devant 25 000 personnes qui ont chanté en français avec nous. En plus, notre album Vu d’ici est sorti au mois d’avril 2018 donc tout est tombé en même temps et c’est vrai que c’était très intense pour nous. C’était frustrant parce qu’on  avait également envie de parler des autres chansons de notre album. Il y a tellement de belles histoires que l’on voulait partager autre que celle de Mercy.

En fait, l’Eurovision a provoqué la rencontre entre le public et nous mais notre force, c’était que notre duo existait auparavant, l’album était presque terminé avant Destination Eurovision et nous avions déjà notre univers de construit, donc c’était une sorte d’alignement parfait des planètes entre l’album, l’Eurovision et puis la tournée qui nous a permis de faire connaître les autres titres de notre album.

On est super content de tout ce qui découle de L’Eurovision en tout cas.

Parlons un peu de Mercy maintenant, avez-vous le sentiment que les mentalités ont changé, qu’il y a eu une prise de conscience ? C’est un sujet sensible ça n’a pas du être facile tous les jours j’imagine.

C’est vrai qu’à certains moments, ça a été compliqué mais nous on a juste écrit une chanson, on rentre pas du tout dans ce débat là, l’histoire nous a touchés et on a voulu la partager. On a reçu des critiques de la part de certaines populations évidemment… C’est le jeu… On a aussi reçu de très beau témoignages, des personnes qui ont été émues par notre chanson et c’est le plus important pour nous.

Pourquoi avoir sorti une version anglaise et espagnole de Mercy ? C’était une obligation pour L’Eurovision ?

Non, du tout, on avait juste envie que le plus grand nombre puisse comprendre cette histoire. Vous savez  on a reçu des messages du monde entier, de tous les continents et on voulait leur offrir ces versions. Bon bien sûr on a fait ce qu’on a pu ! (rires) Par exemple, malgré toute notre volonté, une version grecque n’était pas envisageable pour nous (rires) certaines adaptations étaient difficiles à mettre en oeuvre.

En revanche on avait décidé d’aller à L’Eurovision avec une chanson 100 % française : c’était important pour nous.

Et votre position à l’Eurovision vous en êtes satisfait ?

C’est sûr qu’on aurait vraiment voulu faire mieux, surtout qu’on avait eu un grand engouement pour Mercy de la part de la presse, des bookmakers et du public, donc on a fini par y croire. Après, on est vite redescendus sur terre lors des résultats et on s’est dit : évidement c’est une chanson en français, qui parle des migrants, dans un concours européen… Avoir fini treizième sur vingt six prouve bien que c’est un sujet clivant… En tout cas pour nous, c’est loin d’être un mauvais score, on est très satisfait de notre prestation. On a fait ce qu’on voulait faire et on n’a aucun regret.

Merci à vous Madame Monsieur de nous avoir accordé cet entretien !

Ce fut un plaisir !